30 janvier 2018

Accueil et "parrainage" de réfugiés syriens dans notre UP

Le 6 septembre 2015, face à la crise migratoire en Europe, le pape lance un appel à chaque paroisse, demandant d’accueillir une famille de réfugiés.

Dans notre paroisse, beaucoup de gens avaient envie de ‘faire quelque chose’ face à cette débâcle, présentée chaque jour à la télévision. Certains se mobilisent donc, collectent des fonds et l’on se met en quête de contacter les autorités pour accueillir des réfugiés.

Trois familles sont annoncées. la première est accueillie par des paroissiens, mais on cherche des ‘coordinateurs’ pour organiser leur intégration, et c’est là que tout commence. L’organisation c’est mon truc, j’ai moi-même ‘découvert’ le système belge il y a des années en venant m’installer ici, et la paperasse ne me fait pas peur…. Pour autant, l’accueil des réfugiés…. je n’y connaissais rien. Mais je me rappelle très bien avoir choisi la parabole de Jésus et la Samaritaine comme Évangile lors de notre mariage. Je viens d’une famille ‘ouverte à la différence’ où il y avait toujours des amis étrangers de passage, ça m’a marquée. 


Je propose alors mon aide et une première rencontre s’organise avec la famille Moubayed arrivée d’Alep en mai 2015, installée depuis dans un ‘centre d’accueil’ près de Gand. Un premier contact est prévu un soir de novembre chez leur futur propriétaire. Ils sont venus en train, les parents Pierre et Gracia ont la soixantaine, ils ont deux grands enfants de 28 et 30 ans, Hanna (Jean) et Antonia.

Quand je les rencontre pour la première fois, j’ai un choc. Ils ressemblent, ‘dans leur style’, à mes parents, ils pourraient être mes oncles et tantes ou des cousins, mes amis … ma famille. Quand leur futur propriétaire leur annonce que leur logement ne sera prêt que dans 3 semaines, et que je vois leurs visages s’éteindre, je ne réfléchis pas : Noël approche, hors de question de les laisser moisir dans leur camp de réfugiés, je leur propose de venir habiter chez nous en attendant (après seulement, je préviens mon mari… qui heureusement est d’accord!)

William et moi allons les chercher le week-end suivant - dans un endroit plutôt sordide, d’anciennes casernes au milieu de nulle part, où ils vivent à 4 dans une chambre, avec deux lits superposés. Heureusement, on nous a prêté un grand Vito : ils ont 60 sacs de voyage! Nous les sentons heureux de partir de là, de retrouver une maison, un vrai lit.

Je sollicite à tout vent de l’aide pour leurs repas (je travaille alors à temps plein) et pendant 3 semaines, le miracle se produit : tous les jours, midi et soir, des gens de nos paroisses, que je ne connais parfois même pas, apportent des petits plats pour eux. Pour certains, c’est une manière simple d’aider, de s’engager, de ‘faire quelque chose’. C’est génial, cette solidarité. Chaque jour, nous dinons en famille avec eux, nos filles de 10 et 12 ans alors essaient de communiquer aussi, on rit, on pleure aussi quand ils reparlent d’avant, qu’ils nous montrent la splendeur l’Alep et de Palmyre sur des photos …

Enfin, ils s’installent ‘chez eux’. ils nous invitent pour un café, ils ont même acheté un mini sapin de Noël ! Les mois qui suivent, avec mon amie Florence, nous coordonnons leur integration civile : sécurité sociale, documents d’identité, abonnement de métro, assurances, achat du matériel de première nécessité, médecins, ouverture de comptes en banque, de ligne téléphonique …. Beaucoup de gens de la paroisse nous aident, d’une manière ou d’une autre. En attendant le démarrage des cours de Français ‘officiels’ en février, une équipe de ‘prof’ s’improvise. Ainsi, chaque jour quelqu’un passe les voir.

Nous sommes en 2018. Deux ans plus tard. Cet été, Pierre 65 ans, nous a quitté et cela me remplit toujours d’une grande tristesse. Et cela reste très dur pour Gracia. Mais que de chemin parcouru! Les enfants parlent bien Français, Antonia parle même Néerlandais, Hanna cherche un travail et Antonia un stage. Ils viennent de réussir leur examen théorique de conduite. Là encore, super solidarité pour les y aider, certains ont prêté des DVD, d’autres ont offert des cours en auto école.

Pour notre famille, ce sont des frères dans le Christ et aussi des amis; Je vous partage ce que j’écrivais avant Noël à tous ceux qui les ont aidés, à qui je donne souvent de leur nouvelles :

Gracia sait très bien tricoter et surtout c'est une as du crochet. Alors, si vous connaissez d'autres aficionadas de cet art, il faut me le dire. Alternativement, si vous avez envie de l'inviter à cuisiner avec vous, elle aime bien aussi. Elle a fait des confitures cet été avec les S. et je crois que c'était une réussite, tant coté culinaire que sur le plan de l'échange humain

  Car c'est bien ça, l'essentiel.  Avec toutes mes 'petites cuisinières' et 'mes déménageurs' il y'a deux ans (déjà !), grâce à l'aide de tous ceux et celles qui ont donné du temps, de l'argent, des meubles, prêté une camionnette et même une maison des vacances à cette famille, nous les avons vraiment accueillis. Ils nous en sont - toujours- terriblement reconnaissants. 

  Mais moi, je m'étais dit que j'arrêterai ma 'mission' quand ils seront devenus des citoyens 'normaux', avec une vie 'normale', un job, une maison, une famille, des enfants qui sait... quand ils ne seront plus aux yeux du monde des 'réfugiés', mais juste des amis, des collègues, des voisins. Car alors seulement leur vie redeviendra 'normale'. Ils pourront envisager un avenir en Belgique, sans regarder systématiquement derrière eux. C'est vraiment ça que je souhaite pour eux, profondément.

Alors, bonne nouvelle, vous pouvez encore m’aider à les aider :

Hanna cherche activement un EMPLOI
(vendeur, responsable de stock ou aide comptable).
Antonia cherche un STAGE (non rémunéré) pour valider sa formation d’assistante commerciale bilingue (Fr/ Nl).

Vous trouverez leur CV sous ce lien
Regardez les, parlez-en autour de vous
Contactez-moi ou eux directement si vous pouvez leur proposer quelque chose.

Et sinon vous pouvez prier avec moi pour qu’ils trouvent vite.
MERCI

Charlotte De Kesel

Charlotte charlottedekesel@yahoo.fr 0479 517 697
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APPEL DU PAPE
Chers frères et sœurs, la miséricorde de Dieu se reconnaît à travers nos actions, comme en a témoigné la vie de la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta, dont nous avons rappelé hier l’anniversaire de la mort.
Face à la tragédie de dizaines de milliers de réfugiés qui fuient la mort, à cause de la guerre et de la faim, et sont en marche vers une espérance de vie, l’Évangile nous appelle, nous demande d’être « proches » des plus petits et des laissés-pour-compte, à leur donner une espérance concrète. Leur dire « courage, patience !... » ne suffit pas. L’espérance chrétienne est combattive, avec la ténacité de celui qui avance vers une destination sûre.
Ainsi, en vue du jubilé de la miséricorde, je lance un appel aux paroisses, aux communautés religieuses, aux monastères et aux sanctuaires de toute l’Europe à manifester l'aspect concret de l’Évangile et accueillir une famille de réfugiés. Un geste concret pour préparer l’année sainte de la miséricorde.
Que chaque paroisse, chaque communauté religieuse, chaque monastère, chaque sanctuaire d’Europe héberge une famille, à commencer par mon diocèse de Rome.
Je m’adresse à mes frères évêques d’Europe, vrais pasteurs, pour que dans leurs diocèses ils soutiennent mon appel, rappelant que la miséricorde est le deuxième nom de l’Amour : « En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25, 40).
Les deux paroisses du Vatican accueilleront aussi deux familles de réfugiés ces prochains jours.